Joint Security Area

JSA

Le premier succès commercial de Park Chan-wook est avant tout un produit de commande. Le casting 4 étoiles de ce film, qui marque la première collaboration entre Park Chan-wook et Song Kang-Ho (collaboration réitérée dans Sympathy for Mr Vengeance, Lady Vengeance et Thirst), ainsi que les moyens mis à la disposition du cinéaste, l’ont obligé pour un temps à mettre de côté sa fureur. Pour autant, si Joint Security Area n’est pas le film le plus personnel de Park Chan-wook, il repose sur une subtile déconstruction du récit, l’une des innovations narratives qui caractériseront son œuvre.

Au travers d’une enquête policière, le cinéaste aborde la question de la frontière qui scinde la Corée. Le récit reconstitue les évènements à partir de la version que chaque témoin en donne.   Cet éclatement narratif permet de saisir les hommes dans toute leur complexité psychologique et non plus comme de simples citoyens de tel ou tel pays. Leurs faux témoignages n’ont pas tant pour but de protéger leurs pays, que de dissimuler une vérité qui leur est insupportable.

Cette structure éclatée de l’histoire trouve un écho dans la mise en scène. De subtils jeux d’éclairage soutiennent l’alternance de scènes d’extérieur à la limite de l’onirisme et de scènes d’intérieur dans de sinistres baraquements, comme pour signifier la beauté du monde dès lors que cessent les conflits d’Etats. De même, la dimension enfantine des scènes de rapprochement entre soldats des postes frontaliers adverses crée un contrepoint avec la violence extrême des scènes de conflits entre les belligérants. Tandis que la mise en scène affiche des prouesses techniques telles qu’un virtuose mouvement panoramique à 360°, le récit prend des allures de conte et perd en réalisme ce qu’il gagne en symbolique.

L’émotion que dégage le film repose ainsi sur la présence d’une frontière physique qui empêche une relation amicale entre des gardes frontière nord et sud coréens. Park Chan-wook offre avec ce film une sorte de manifeste ; l’expression de l’individu est soumise au diktat d’enjeux politiques qui le dépassent. La frustration ainsi engendrée, génère de la suspicion, entre ceux qui s’appelaient autrefois « frères ». En cherchant l’homme dans le soldat, Park Chan-wook ne trouve que violence et mort. En développant cette thématique à l’échelle d’un conflit international, Park Chan-wook donne à sa réflexion une dimension philosophique.

Par Vincent

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