Sympathy for M. Vengeance

Trilogie de la Vengeance

On ne saurait trop insister sur la dimension biographique de cette trilogie. Longtemps ignoré par les studios après l’échec de son premier film : Moon is the Sun’s Dream (1992), Park Chan-wook a pu, après le succès public de JSA, participer à la fondation de l’EGG films, maison de production dirigée par Ji Young Jun qui lui laisse les mains libres. Lorsqu’il tourne Sympathy for Mr Vengeance en 2002, il sait ce que c’est d’être mis à l’écart et d’endurer la frustration de ne pouvoir tourner les scénarii qu’il écrivait. A ce moment de sa vie, Park Chan-wook a probablement un désir de revanche.

Sympathy for M. Vengeance

Sympathy for M. Vengeance

Sympathy for Mr Vengeance, en réalité un des plus anciens de Park Chan-wook, ne voit le jour qu’après l’immense succès public de JSA. Le sujet abordé : les conflits de classes en Corée du Sud, jusque là passés sous silence  par l’industrie cinématographique locale, ainsi que la noirceur du récit, effrayaient tous les producteurs. Ce film, le plus radical de son auteur, en est peut-être la plus belle preuve d’audace. Park  Chan Wook était alors considéré comme expert en suspens et émotion ; c’est sur ce terrain que les producteurs pensent le retrouver avec Sympathy for Mr Vengeance. Son film, dépourvu de tout lyrisme, se révèle d’un nihilisme sans borne  et d’une sécheresse stylistique absolue.

Pour Park Chan-wook, la froideur formelle est peut être le seul moyen que le cinéma ait à sa disposition pour montrer la cruauté dans toute son horreur. Son film dépossède progressivement la violence de ses justifications émotionnelles et idéologiques par un subtil procédé de narration. En adoptant le point de vue des kidnappeurs poussés au crime pour sauver la sœur d’un des leurs, et celui d’un père victime mais archétype de ces « patrons » que la société capitaliste nous apprend à haïr, Park Chan-wook fait en sorte que le spectateur, tiraillé entre des personnages ni bons ni mauvais, ne puisse plus adhérer moralement à la progression du récit.

Simplement humains, les personnages se font souffrir mutuellement. Le spectateur ne peut qu’être horrifié par la violence dont ils usent pour se défendre, puis se venger. La force du film repose moins sur la violence visuelle – bien moins expressive que celle de n’importe quel film gore – que sur l’idée d’anomie. La violence n’est qu’une manifestation destructrice totalement dénuée du pouvoir cathartique qui lui est si souvent attribué.

A ce titre Sympathy for Mr Vengeance pourrait être qualifié de film d’horreur, mais d’une horreur singulière, purement psychologique. Il met au jour la manière que chaque homme a de justifier ses actes par des émotions ou des normes sociales. Considérant agir moralement, il n’agit en réalité que dans la méconnaissance d’autrui et de la valeur de la vie humaine.

Le film met à jour la nature profonde de la violence. La froide beauté des images en est un moyen d’exposition ; elles n’ont pas pour vocation d’édulcorer les faits mais de les dévoiler. La lenteur du récit et la discrétion de la bande-son placent progressivement le spectateur en position de captif, tandis que Park Chan-Wook lui révèle progressivement le destin tragique d’hommes qui à force d’ignorer leur nature se consument inexorablement.

Par Vincent

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