Sous le péplum…

Impression

« Sous le péplum…toute une histoire » est un cycle organisé et proposé par nos amis de l’association Capra, centre allonnais de prospection et recherches archéologiques. Leur site web

L’antiquité fascine. Quoi de plus normal alors qu’elle soit source d’inspiration dans l’art pictural, la littérature, la bande dessinée et bien sûr le cinéma. Mais quelle vision de cette période nous offre la fiction ? Et quels liens a-t-elle avec la réalité historique ?

Les projections seront précédées d’une présentation par un historien ou un archéologue. L’objectif : montrer que certains lieux communs et idées reçues sur l’antiquité, bien que battus en brèche depuis longtemps par les travaux des scientifiques, restent fermement ancrés dans l’imaginaire collectif et sont toujours relayés dans certaines fictions.

Et c’est, plus largement, sur la vision fantasmée de l’antiquité et son évolution au cours des décennies, perceptibles dans les œuvres cinématographiques, que la table ronde réunissant un historien, un historien du cinéma et une archéologue se penchera.

Photo-Expl--Les-week-ends-de-Neron-

Les week-ends de Néron

de Sténo, 1956, VF. Avec Alberto Sordi, Vittorio De Sica, Brigitte Bardot, etc.

S’ouvrant sur les annales de Tacite, « les week-ends de Néron » retracent toutes les tentatives d’assassinat sur Agrippine commanditées par son fils Néron, le tout en un seul week-end.

Cette succulente comédie italienne éclaire la figure de ce « mauvais empereur » d’un jour pour le moins original. Et si Néron, un peu clown, un peu bouffon n’était, après tout, qu’un artiste contrarié ?

Ajoutons que dans le rôle de Poppée Sabine, on retrouve Brigitte Bardot, alors âgée de 22 ans. Comme quoi Néron n’avait pas que des raisons de se plaindre.

Cette projection sera précédée d’un buffet romain à « l’Inventaire », le bar de la MJC Prévert… et d’autres surprises.

234753--620x0-1

Vercingétorix

de Jacques Dorfmann, 2001, VF, Avec Christophe Lambert, Klaus Maria Brandauer, Max von Sydow, Ines Sastre, etc.

Héros et figure tutélaire de l’histoire de France, Vercingétorix n’est après tout que le vaincu de la guerre des Gaules. Alors par quels subterfuges s’est-il donc élevé post-mortem à cette dignité ?

Et comment se fait-il que 2053 ans après la défaite d’Alésia, ce film « Vercingétorix, la légende du druide roi » de son nom complet, continue à véhiculer autant d’inepties sur la société gauloise et la conquête romaine ?

Une œuvre esthétiquement inspirée des tableaux pompiers, interprétée par une tribu de seconds rôles sortis pour l’occasion des maisons de retraite pour rugbymen et portée par un Christophe Lambert mi de Gaulle, mi Greystoke, au sommet de sa forme capillaire.

Un film exceptionnel, on a envie de dire heureusement.

Film présenté par Estelle Bertrand (Université du Maine).

Caligula_1979_Caligola_2

Caligula

de Tinto Brass, 1979. VOSTF, Avec Malcolm McDowell, Teresa An Savoy, Peter O’ Toole, John Gielguld, etc. Version intégrale non censurée. Interdit au moins de 18 ans.

L’exergue annonce « Dans la Rome païenne ». Et puisque l’histoire se déroule dans cette Rome païenne, autant tout se permettre. Alors Tinto Brass et Bob Guccione vont tout se permettre.

Véritable catalogue des inclinaisons et pratiques sexuelles, ce film profite du parfum de souffre entourant le règne de Caligula pour plaquer sur une époque tous les phantasmes possibles et imaginables.

Ce ne pourrait être, à l’image des nombreuses séquelles qui l’ont suivi, qu’un bouillon pornographique, mais ce (très) long métrage a d’autres atouts. Un casting prestigieux, tout d’abord. Et une force d’évocation envoûtante, à la limite de l’hallucination, qui entraîne le spectateur dans un tourbillon de corps.

Provocant et dérangeant, ce film fit date.

derniers-jours-de-pompei-1960-02-g

Les derniers jours de Pompéi

de Cooper & Schoedsack, 1935, VOSTF Avec Preston Foster, Alan Hale, Basil Rathbone, etc.

Rien à voir, ou si peu, avec le roman d’Edward Bulwer-Lytton. Les réalisateurs, Cooper et Schoedsack l’avouent d’ailleurs, ils ne se sont inspirés, dans ce livre, que des descriptions de l’éruption du Vésuve pour servir de toile de fond à leur propre récit.

Suivons alors le parcours de Marcus, forgeron de Pompéi, de son atelier à l’arène, de Judée en Campanie.

Mis en scène par les créateurs de King Kong (le vrai, celui de 1933), ce chef d’œuvre peu connu dégage une force visuelle et onirique époustouflante. Il préfigure, déjà, à la fois « Spartacus », « La tunique » et « Gladiator ».

Film présenté par Emmanuel Nantet (Université du Maine).

3103393271_1_3_tuYviTl7

Le colosse de Rhodes

de Sergio Leone, 1961, VOSTF, Avec Roy Calhoun, Léa Massari, Georges Marchal, etc.

Quittons Rome et voguons vers Rhodes au IIIème siècle avant J-C. Le fameux colosse vient tout juste d’être érigé, mais tout n’est pas rose pour autant.

Intrigues diplomatiques et amoureuses, espionnage et rébellion, Sergio Leone, pour sa première réalisation en solo, propose ce qui fera par la suite sa marque de fabrique : des caractères bien trempés au service d’une action ébouriffante.

Des scènes de gladiature aux catastrophes naturelles, ce film déroule les codes du genre tout en les marquant, déjà, au fer rouge du western. Si ce n’est la seule, du moins la plus réussie des tentatives de péplum-spaghetti.

laigle-de-la-neuvieme-legion-critique

L’aigle de la IXe Légion

de Kevin Macdonald, 2011, VOSTF, Avec Channing Tatum, Jamie Bell, Denis O’Hare, Donald Sutherland, etc.

Une armée d’occupation, perdue en territoire ennemi. Une quête. Mais cette fois-ci c’est « l’aigle », l’enseigne de la légion et non des armes de destruction massive que les vaillants militaires vont devoir retrouver.

Le tout sous la menace des Pictes, un peuple légitimement peu disposé à voir les romains s’installer durablement, mais surtout passablement barbare.

Représentatif des « films de légionnaire » du début du XXIème siècle, « L’aigle de la IXème… » met une fois de plus aux prises des soldats qui n’ont de romain que la cuirasse avec leurs ennemis récurrents, les peuples du nord du mur d’Hadrien.

Et si Varus avait fait jurer « Semper fidelis » à ses troupes, l’histoire en aurait-elle été changée ?

Table ronde : Antiquité fantasmée & Réalité historique

Animée par Émeric de Lastens (Université Paris 3 Censier), Emmanuel Nantet (Université du Maine) et Stéphanie Raux (archéologue, INRAP).

Et si les péplums nous en apprenaient plus sur l’époque où ils ont été réalisés que sur l’antiquité ? Comment ils sont à la fois le reflet et les promoteurs d’une vision du passé ancrée dans les contextes idéologiques, philosophiques et moraux successifs qui ont présidé à l’histoire des XXème et XXIème siècles.

A travers les éclairages croisés des spécialistes de trois disciplines différentes (histoire, histoire du cinéma et archéologie), une table ronde qui démontre que lorsque l’on regarde au fond de l’antiquité, l’antiquité aussi regarde au fond de nous.

Dimanche 21 avril à 16h30.

Publicités