…Sergio Leone

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Le Colosse de Rhodes

1961 2h05 35mm Vostf  Rory Calhoun, Léa Massari, Georges Marchal

Thar gouverne en despote sur l’île de Rhodes, dont l’unique ouverture du port est gardée par une statue colossale. Il décide de couper les routes maritimes aux grecs. Parmi le peuple, la résistance s’organise. Darios, un général grec qui se trouvait sur l’île au moment des évènements, sympathise avec les résistants…

 Le Colosse de Rhodes est le premier film officiel de Sergio Leone et sa deuxième incursion dans le péplum après Les Derniers jours de Pompéi coréalisé avec Mario Bonnard. Sur une trame de péplum assez classique à première vue, le talent de Leone dans la déconstruction des genres fait déjà merveille. On le sait, Leone avait une sainte horreur du péplum qui vivait son âge d’or et envahissait les écrans italiens et le réalisateur n’accepta d’en réaliser un que pour pouvoir enfin signer son premier film. Le Colosse de Rhodes est ainsi truffé d’entorses plus ou moins discrètes au genre qui en font un péplum atypique. L’intrigue dénote avec ses complots et ses rebondissements incongrus que ce soit au niveau des personnages où des évènements (le tremblement de terre final) relevant du pur serial et soulignant l’ironie et la distance qu’entretien Leone avec le genre. Certains écarts de violence et de sadisme relève également de la bd délirante avec es scènes de torture particulièrement inventives et cruelles : des gouttes d’acides qui tombe sur la peau nues de prisonniers ligotés, un homme assourdi à l’intérieur d’une cloche, des catapultes qui balancent de du plomb fondu…

 Les moyens alloués sont vraiment énormes et la mise en scène de Leone est au diapason avec foule de moments spectaculaires comme Dario affrontant une multitude d’assaillants au sommet du colosse ou encore l’impressionnante catastrophe naturelle finale, grand moment de destruction avec en point d’orgue la chute du colosse dans la mer. Cet écart entre démesure visuelle et narration distanciée et lâche pourrait gêner mais fonctionne de bout en bout, annonçant en plus grossier les écarts de ton de la trilogie des dollars. La réelle fascination ressentie dans l’illustration du gigantisme de ce qui fut la septième merveille du monde se dispute donc au relâchement des intrigues plus humaines.

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 Et Pour Quelques Dollars de Plus

1965 2h12 35mm Vostf   Clint Eastwood, Lee Van Cleek, Gian Maria Volonté

 L‘indien, bandit cruel et fou, s’est évadé de prison. Il se prépare à attaquer la banque d’El Paso, la mieux gardée de tout l’Ouest, avec une quinzaine d’autres malfaiteurs. Le  » Manchot  » et le Colonel Douglas Mortimer, deux chasseurs de primes concurrents, décident, après une confrontation tendue, de faire finalement équipe pour arrêter les bandits. Mais leurs motivations ne sont pas forcément les mêmes…

 Et pour quelques dollars de plus prolonge le plaisir du premier western de Sergio Leone : Pour une poignée de dollars, une adaptation du Yojimbo d’Akira Kurosawa, lui-même tiré de La Moisson rouge de Dashiell Hammett. En 1964, le cinéma italien agonisait, aucune banque ne voulait investir dans le secteur. En général, l’industrie produisait quelque 60 films pendant le premier trimestre, mais en ce mois de mars 1964, aucune production n’avait été mise en chantier. Sergio Leone envisagea alors de monter un western, un genre qui jouissait d’un certain succès de ce côté de l’Atlantique, notamment grâce aux Allemands qui en ont inventé la version européenne. Leone, qui entretenait de bons rapports avec plusieurs producteurs espagnols et allemands, se dit qu’il pourrait monter son projet sans trop de soucis. Le réalisateur découvre à cette époque le film de Kurosawa et décide de l’adapter à la sauce spaghetti. Une poignée de lires suffisent à monter le film : 120 millions, financé par l’Espagne, l’Allemagne et l’Italie par l’entremise de la Jolly, boîte de production qui avait soutenu Duel au Texas. Malheureusement, si le film caracolait en tête du box-office dans de nombreux pays, Leone n’en retira pourtant pas les bénéfices escomptés. La Jolly informa Leone que suite au procès intenté par Kurosawa pour plagiat, elle ne pourrait pas lui verser son salaire et sa part des bénéfices.

 L’idée d’un deuxième western est née d’une vengeance. Le coup bas de la Jolly reste sur l’estomac de Leone comme un spaghetto trop cuit. Alors qu’il ne prévoyait aucunement de se relancer dans un western, Leone reprit donc sa caméra par pure rancune. Même si le réalisateur italien n’avait pas encore la moindre idée de ce qu’il allait raconter, il savait néanmoins qu’il repartirait à l’aventure en compagnie de Clint Eastwood et de Gian Maria Volonte.

Lebon la brute

Le Bon, la Brute et le Truand

 1966 3h00 35mm Vostf  Clint Eastwood, Lee Van Cleek, Eli Wallach

 Pendant la Guerre de Sécession, Joe et son complice Tuco rompent leur association de truand pour se lancer à la recherche d’un trésor cache par les Nordistes. Le cruel Setenza est également en chasse, et chacun possède un indice dont les deux autres ont besoin. Une association franche et réelle est cependant impossible à envisager…

 Grâce au succès de ces deux précédents films, la United Artist lui alloue l’année suivante un budget considérable et lui laisse carte blanche pour tourner Le Bon, la brute et le truand. Il prend alors comme base de départ le western traditionnel américain qu’il vénère et en particulier John Ford. Il s’acharne ensuite à en démolir les codes, à instaurer un véritable jeu de massacre en essayant tout de même de préserver la réalité documentaire et historique. Il n’hésite pas à insérer dans ce remarquable divertissement sa vision politique qui ne sera plus jamais absente dans aucuns de ses films suivants. Dés la première image, ce qui frappe immédiatement, ce sont les trognes choisies pour tous les seconds rôles : le casting est assez étonnant et les trois personnages principaux n’ont rien à leur envier. Pour Tuco, Léone choisit Eli Wallach, son interprétation est tout à fait prodigieuse et il élève ici le cabotinage au niveau d’un d’art. Le rôle de Blondin est dévolu à Clint Eastwood, ordure comme les autres mais auquel Léone ajoute une touche d’humanité et d’humour afin que la sympathie lui soit acquise par le public. Quant à Sentenza, Lee Van Cleef, il en fera un personnage de salaud intégral, sorte d’incarnation méphistophélique tout de noir vêtu, d’une froideur sans égale. Ce western est donc aussi une sorte de concerto pour ces trois fabuleux acteurs, Morricone leur ayant chacun attribué un instrument et un thème musical. En effet, il serait injuste de parler d’un film de Léone sans dédier quelques lignes à son compositeur de génie attitré. Ennio Morricone composera même pour le coup la musique avant le film et ce sera le réalisateur qui aura à se caler sur la partition tour à tour épique, burlesque, grotesque, émouvante.  On pourrait même considérer cette magnifique partition comme étant le 4ème personnage principal du western. Elle atteindra son apogée émotionnelle dans ce qui pourrait être un film dans le film, cette sublime et longue scène finale dans le cimetière, une expérience sensorielle sans commune mesure.

l'ouest

Il était une Fois dans l’Ouest

 1968 2h50 35mm Vostf  Charles Bronson, Henry Fonda, Claudia Cardinale

  Alors qu’il prépare une fête pour l’arrivée de sa femme qu’il a épousée un mois plus tôt à La Nouvelle-Orléans, Brett McBain est tué avec ses trois enfants par Frank et ses complices. Jill McBain hérite alors des terres de son mari, convoitées par Morton, le commanditaire du meurtre et client de Frank.

 Il était une Fois dans l’Ouest fait partie de cette poignée de films qui traversent les âges sans prendre la moindre ride, qu’on peut revoir encore et encore sans jamais s’en lasser, et ceci malgré une durée flirtant avec les 3 heures et une scène d’introduction qui peut rapidement rebuter les amateurs de films surexcités. Concrètement, le chef d’oeuvre de Sergio Leone est un film tellement parfait sur tous les points, tellement ultime, qu’il rend n’importe quel autre film fade et sans saveur. Sans tomber dans la nostalgie ou le conservatisme, il est clair qu’en perdant Sergio Leone le cinéma a perdu une de ses fondations, et Il était une Fois dans l’Ouest en est la preuve éclatante, un concentré de génie visuel et narratif à chaque seconde. Il faut garder également en mémoire qu’il s’agissait là de son cinquième film seulement (sur 7, officiellement) mais c’est une œuvre qui transpire tant la maitrise de l’art cinématographique et la maturité qu’elle semble venir d’un vieux maitre ayant plus de 100 films au compteur. Après une trilogie des dollars exceptionnelle, Leone écrivait le chant du cygne du western, éblouissant ! Il suffit d’une seule scène au réalisateur pour nous faire comprendre ses ambitions. Une scène d’introduction peu bavarde qui frôle les 15 minutes et un modèle de mise en scène qui inspirera les plus grands réalisateurs de westerns ou de polars (il est évident par exemple que Johnnie To a hérité sa gestion des silences et sa forme de dilatation du temps de Leone!). Cette intro est essentielle car non seulement le réalisateur y pose les bases de la mythologie de son film mais surtout car en faisant abattre les 3 hommes de main il dit adieu au western spaghetti qu’il a quasiment crée. En effet, ces 3 personnages devaient à l’origine être interprétés par Lee Van Cleef, Eli Wallach et Clint Eastwood, les trois acteurs de Le Bon, la Brute et le Truand. On comprend qu’en les faisant mourir tous les 3, il tourne une page importante dans son œuvre. Car malgré les apparences, malgré la présence indiscutables de tous les codes du genre, Il était une Fois dans l’Ouest n’a rien d’un western!

la revolution

 Il était une Fois la Révolution

 1971 2h23 35mm Vostf  James Coburn, Rod Steiger, Romolo Valli

 Mexique, 1913. Un pilleur de diligences, Juan Miranda, et un Irlandais, ancien membre de l’IRA spécialiste en explosifs, John Mallory, font connaissance. Juan a toujours rêvé de dévaliser la banque centrale de Mesa Verde et voit en John le complice idéal pour son braquage. Il fait hanter John afin de le persuader de s’associer à l’affaire. Tous deux se trouvent plongés en plein coeur de la tourmente de la révolution mexicaine, et Mesa Verde se révèle plus riche en prisonniers politiques qu’en lingots d’or.

 Leone s’est mis à la production et décide de monter un western Zapata, il livre la réalisation à Sam Peckinpah. United Artists, traîne des pieds et Leone finit par comprendre qu’il y a complot. Une semaine avant le début du tournage, il est mis au pied du mur : tout le monde, et depuis le début, voulait qu’il dirige le film.

 Giù la testa ! est sans doute son film le plus personnel. Celui qui se nourrit le plus de sa sensibilité d’homme et d’artiste. Celui dans lequel il se livre le plus, mettant en scène des souvenirs traumatisants de la seconde guerre mondiale, ses désillusions sur la politique, ses commentaires sur les années de plomb, ses conceptions de l’amitié et de l’engagement. C’est surtout son seul film dans lequel la forme ne prend pas le pas sur le fond, celui où la complexité des personnages et de leurs rapports prédomine sur la virtuosité de la mise en scène. Non que le style soit absent, bien au contraire, mais il se met au service d’une vision, d’une réflexion. Giù la testa ! acquiert ainsi une profondeur inédite, une émotion à vif qui va au-delà de l’aspect ludique de son premier peplum puis de la trilogie du dollar et du grandiose de C’éra una volta il West et Once upon a time in America nourris à l’opéra, au roman, et surtout à un ensemble complexe de références cinéphiles. Là encore il convient de nuancer. Émotion, richesse des caractères et notations personnelles ne sont pas absentes des autres films, mais elles ne sont pas centrales. Blondin, Harmonica ou Noodles sont des archétypes sublimes, mais restent avant tout des archétypes. Juan et John s’affirment, tout au long du film comme des êtres de chair et de sang. Peut-être que l’urgence dans laquelle Leone a dû écrire et tourner le film l’a empêché de donner la pleine mesure de son légendaire perfectionnisme mais que cela a libéré quelque chose de sa personnalité profonde.

amerique

Il était une Fois en Amérique

 1984 3h50 35mm Vostf  Robert De Niro, James Wood, Joe Pesci

 Membre d’une petite bande de voyous peu à peu devenus gangsters, Noodles a été condamné à une lourde peine de prison pour avoir tué un rival de la bande. A sa libération il retrouve ses amis qui sont à la tête d’un bar clandestin et d’une maison close. Mais il va rapidement s’opposer violemment à son ami Max, dont les méthodes lui déplaisent…

 Entre souvenirs, fantasmes et réalité le film évolue à force de flashbacks s’étalant sur près de 4 heures. Tel une tragédie grecque, ne sachant jamais vraiment vers quels horizons elle se dirige. Est-ce la stricte vérité qui nous est montrée ou les visions troublées d’un opiomane ? Chacun y trouvera ce qu’il était venu y chercher. Une épopée ne s’adressant pas un public mais bien à chaque spectateur en particulier tant ses possibilités sont foisonnantes. Entre film de gangster, film historique, intimiste, nostalgique, enfantin, où se mêle amitiés fidèles, ambitions démesurées et amours indélébiles quoique tous trois profanés entre grandeur des ponts et poussière des rues…

 Frôlant la simple perfection artistique et technique, le film offre en dehors du bouleversement des plus purs, une partition dirigée de main de maître par l’inséparable Morricone, des acteurs grandioses, des raccords tous aussi ambitieux les uns que les autres, des plans magnifiques travaillant le cadre vertical de l’orgueil des bâtiments new yorkais dans le cadre horizontal de la simple caméra. A travers sa vision unique d’un monde, Leone transcende ce qui était pour le donner à voir plus fort encore. Il était une fois en Amérique, c’est tout à la fois ! C’est la vie, c’est l’histoire, c’est le cinéma, Noodles se présentant comme narrateur de la pensée. C’est à partir de ses rêves opiacés que démarre véritablement l’épopée. C’est en plaçant son personnage en conteur que Leone déclare sa flamme au cinéma auquel il a temps donné. Once Upon A Time In America, c’est le plus grand film d’un cinéaste immense et essentiel tant il a fait pour le septième art.

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