Cycle Richard Fleischer et Otto Preminger

DU SAMEDI 26 AVRIL / DIMANCHE 4 MAI 2014

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Richard Fleischer

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Au seul nom de Richard Fleischer, le cinéphile avide de grand spectacle ne peut s’empêcher de penser aux nombreux grands films d’aventures magnifiquement mis en scène par ce cinéaste, un artiste pourtant réduit au statut de simple technicien par la majorité de la critique. 20.000 Lieues sous les mers (1954), Les Vikings (1958), Barrabas (1962) ou encore Le voyage fantastique (1966), autant de grandes oeuvres qui, pourtant, témoignent non seulement d’une maîtrise sans failles des outils techniques, mais souvent aussi d’une ingéniosité visuelle et d’une ampleur romanesque enthousiasmantes. Avec une inventivité égale, certains de ses films ont su retranscrire l’âpreté et la violence de notre société – Le temps de la colère (1956), L’étrangleur de Boston (1968), L’étrangleur de la Place Rellington (1971), Les flics ne dorment pas la nuit (1972) – voire de les pousser dans une direction extrême avec le célèbre film d’anticipation Soleil Vert (1973).

Fleischer fut certainement le premier qui sut le mieux utiliser le nouveau format Cinémascope (apparu en 1953) à des fins plastiques. Fils du grand animateur Max Fleischer (le créateur de Betty Boop et de Popeye) et ancien étudiant en médecine, le réalisateur avait des dispositions pour s’intéresser aux évolutions techniques de son mode d’expression.

Du Cinémascope jusqu’aux effets spéciaux révolutionnaires du Voyage Fantastique, en passant par l’usage du split screen dans L’étrangleur de Boston, à chaque fois l’outil est mis au service d’une efficacité dramatique et visuelle de tous les instants. Avant de signer à la Fox et de bénéficier ainsi de budgets plus élevés, Richard Fleischer travailla quelques années à la RKO où il fut engagé en 1942 pour diriger des courts métrages. Il y réalisa ensuite plusieurs petits thrillers tels que Armored Car Robbery (1950), dans lesquels il démontre toute son habileté. L’énigme du Chicago Express marque le sommet de cette période ainsi que la fin de ses années RKO.

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L’Énigme du Chicago Express

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Film Noir  Vostf / 1952 / 1h11 / 35mm

Menacée de mort par le milieu du crime parce qu’elle doit témoigner lors du procès du meurtre de son époux, la veuve d’un gangster a été mise sous la protection de la police. Deux agents fédéraux arrivent à Chicago pour l’escorter par le train jusqu’au tribunal de Los Angeles. Les choses tournent mal d’entrée, et seul l’un des deux agents, le détective Brown, parvient à l’emmener à la gare. Les voilà tous les deux embarqués pour une longue nuit dans ce train qui devient le terrain d’une traque sans relâche de la part des gangsters engagés pour la tuer.

L’énigme du Chicago Express fait partie de ces petits films de genre qui font assez peu parler d’eux mais qui se révèlent, après leur vision, comme des œuvres plutôt jouissives de par leur dynamisme et leur efficacité dépouillée de toute pesanteur intellectuelle. Un véritable film de série B qui emporte le spectateur par son rythme et son simple postulat de départ. Dans son prologue, avant que les personnages principaux montent dans le train, le film recourt aux codes visuels du film noir (milieu interlope, rues nocturnes, flics bourrus, éclairage expressionniste avec son noir et blanc contrasté qui découpe l’espace en zones claires et sombres). Une première scène d’action, où l’on découvre un tueur tapi dans l’ombre grâce aux perles tombées du collier cassé de la veuve sous protection, en est un parfait exemple. Mais le film de Fleischer s’avère être plutôt un thriller trépidant, le scénario et la mise en scène donnant en fait la priorité au mouvement et au rythme, bien plus qu’à une science de la composition plastique. D’autant que, fait rare, aucune musique ne vient scander les péripéties du scénario. C’est donc bien la réalisation, seule, qui donne le tempo au récit.

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Des Inconnus dans la Ville

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Polar Social  VOstf / 1955/ 1h30 / num.

Trois hommes entrent à Bradenville pour y commettre le braquage de la banque locale. Durant leur préparatifs, ils croisent différents membres de la cité qui révèlent leurs doutes, leurs faiblesses, leurs fautes… Tous se retrouveront unis le temps d’un samedi violent qui va transformer la ville et les hommes.

Il est facile de considérer Richard Fleischer comme un vulgaire yes-man, l’un des derniers réalisateur fonctionnant sur le mode du Hollywood classique, exécutant les films qu’on lui propose. Il est vrai qu’il n’a initié aucun des films qu’il a tournés. Il essaya pourtant, puisqu’il fut à l’origine de High Noon dont la direction lui échappa. Nous sommes d’ailleurs curieux d’imaginer ce que cela aurait pu donner s’il avait eu la place de Fred Zinneman. Pourtant, réduire Fleischer à un simple exécutant serait une erreur. Ses débuts à la RKO en sont la preuve. En quelques années, il s’impose comme un maitre du Film noir auquel il apporte un style novateur, brutal et violent, évitant toute forme de psychologie. Il offre alors au genre deux chefs-d’œuvre, Armored Car Robbery et The Narrow Margin, deux films qui lui ont été imposés par le studio mais auxquels il apporte incontestablement sa patte si particulière. Tout au long de sa carrière, il continuera de livrer au cinéma criminel des œuvres majeures, le faisant évoluer comme personne, et offrant notamment avec le superbe The New Centurions un des premiers polars modernes. Dans d’autres genres, Fleischer brillera toujours par ses qualités de narration hors normes et s’imposera facilement comme l’un des plus formidables réalisateurs de l’histoire hollywoodienne. Conteur exceptionnel, maitre du format large, génie du Film noir, Fleischer avait toute les armes pour faire de Violent Saturday une œuvre novatrice et majeure.

Une voiture entre dans une mine à ciel ouvert. Un ouvrier l’arrête, fait quelque signes de son drapeau rouge à l’un de ses collègues qui déclenche une explosion violente. Des lettres rouges apparaissent à l’écran : Violent Saturday. En quelques secondes, Richard Fleischer a donné le ton de son film et happé définitivement l’attention du spectateur qui restera soufflé par ce contraste brutal de normalité et de violence qui sera le ton de tout le film. La suite plante immédiatement le décor. Une petite ville encaissée dans des collines, symbole de l’enfermement de ses habitants, symbole aussi d’une ville-monde, unique décor du film qui représente donc à lui seul l’Amérique, ses rêves de réussites mais aussi l’envers de son décor, les failles de son modèle que va nous présenter le film.

Richard Fleischer avait déjà exprimé ses doutes quand au rêve américain. Dès son premier film, Child of Divorce, il en écornait le modèle dans un film au ton extrêmement pessimiste. Il développe cette vision dans Violent Saturday. En surface, les personnages qui nous sont présentés ont tout pour être heureux ; tout va pour le mieux à Bradenville, cité prospère, symbole de la réussite à l’américaine. Pourtant, au fur et à mesure de nos rencontre, chaque personnage révèle ses failles.

Sur un remarquable scénario de Sidney Boehm, déjà auteur de The Big Heat, autre fleuron du noir, Fleischer propose avec Violent Saturday un film noir incontournable, atypique et novateur. Ses remarquables qualités de metteur en scène en font une œuvre unique, par son ton et par sa forme, et surtout un spectacle passionnant et incontournable. Violent Saturday s’inscrit au sommet du cinéma criminel, il le dépasse également en apportant au genre une dimension supplémentaire par sa vision du modèle américain, par son esthétique remarquable, par sa mise en scène exceptionnelle. Fleischer nous offre tout simplement l’un des grands chefs-d’œuvre du cinéma américain. D’autres viendront au cours de sa magnifique carrière.

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Les Vikings

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Fresque historique  Vostf / 1958 / 1h56 / 35mm

Au cours d’un raid sur les côtes anglaises, Ragnar (Ernest Borgnine) viole la reine d’Angleterre. Cette dernière met au monde Eric (Tony Curtis) qu’elle abandonne aux mains des Vikings lors d’une autre attaque. Eric, est alors élevé comme un esclave, mais n’accepte pas cette situation. Devenu adulte, il affronte Einar (Kirk Douglas) fils de Ragnar et le défigure … Quelques mois plus tard, Morgana (Janet Leigh) future reine d’Angleterre est enlevée par les Vikings et tombe amoureuse d’Eric …

En 1955, Kirk Douglas crée Bryna Production. Il commence par produire The Indian Fighter (La rivière de nos amours), mais ce film ne connaît pas le succès escompté. Le futur interprète de Spartacus cherche alors un sujet populaire et s’intéresse au roman d’ Edison Marshall : The Vikings. Le projet tombe rapidement dans les mains de Richard Fleischer. Le réalisateur de 20 000 lieues sous les mers (déjà avec Douglas) y voit un matériau idéal pour exprimer son savoir faire. Il se lance alors avec passion dans cette aventure et démarre une étude minutieuse des mœurs Vikings. Aucun détail ne lui échappe : les costumes, les décors ou même le choix des chevaux sont totalement fidèles à la réalité historique. A ce soin du détail, Fleischer associe son sens inné du cadrage.

Utilisant pour la seconde fois le format « Technirama », il compose des plans d’une grande beauté picturale. Fleischer est également l’un des premiers cinéastes à donner tant d’importance à la profondeur de champ sur le format 2.35.

Mais ces aspects techniques ne suffisent pas à faire de ce film un succès et Bryna production doit offrir au public un casting de rêve. Kirk Douglas habitué à interpréter les premiers rôles s’empare du personnage de Einar. Sa présence, son physique d’athlète et son visage balafré en font un guerrier charismatique. Tony Curtis et sa jeune épouse Janet Leigh se joignent également à l’aventure. Cette dernière interprète une princesse pleine de caractère tandis que son compagnon joue Eric, le bâtard de Ragnar. Mais il faut bien avouer que Curtis détonne un peu dans le village Viking ! Son visage poupin et sa démarche élégante n’en font pas un sauvage bien convaincant… Douglas ne s’en souci guère et donne de la crédibilité à sa distribution en imposant Ernest Borgnine comme figure paternelle des hordes nordistes. Son rire tonitruant, son physique sauvage et sa joie de vivre qu’on devine naturelle en font un roi attachant et à l’allure authentique. Enfin, la voix off qui entame le récit, bien que n’étant pas créditée au générique, n’est autre que celle d’Orson Welles !

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Le Voyage Fantastique

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Science  Fiction  Vostf / 1966 / 1h40 / 35mm

Jan Benes, un scientifique éminent, détenteur de quelques secrets stratégiques de très haute importance, doit être exfiltré d’Europe de l’Est afin d’aider les Américains dans leurs recherches. Mais la mission, dirigée par l’agent de la CIA Grant tourne au désastre lors d’un assaut ennemi et le savant se retrouve grièvement blessé au cerveau. Le temps joue contre lui, et seule une opération chirurgicale urgente et d’une extrême précision peut lui sauver la vie. L’ordre est donné de procéder à cette intervention en utilisant une technologie ultrasecrète et révolutionnaire de miniaturisation, qui consiste à injecter dans le corps du malade plusieurs membres d’une expédition scientifique réduits à la taille de microbes.

Dans les années 60, alors que les films de science-fiction connaissent un essoufflement créatif (juste avant que Stanley Kubrick ne révolutionne et revivifie le genre avec 2001), d’autres territoires d’exploration intéressent les studios et les férus d’aventures fabuleuses. C’est à cette époque que la 20th Century Fox se lance dans un pari artistique et technologique plutôt original en faisant du corps humain un espace de tous les possibles et un terrain propice aux élucubrations les plus fantastiques. Encore aujourd’hui, à notre ère du tout-numérique aux frontières toujours plus incertaines, un film tel que ce Voyage fantastique fascine toujours. Car cette production à grand spectacle située dans un univers microscopique alors inédit, au-delà de ses prouesses techniques propres à cette décennie, est guidée par un esprit à la fois naïf et audacieux dans la lignée des œuvres signés par Jules Verne ou H.G. Wells.

Bien sûr, l’argument scénaristique dans Fantastic Voyage est à oublier assez vite puisqu’il ne sert que de prétexte au déclenchement de cette odyssée sous-marine d’un genre nouveau. Ce sont les paysages à la fois oniriques et en quête de réalisme qui retiennent notre attention. Pour diriger cette entreprise tant farfelue que proprement extraordinaire, le studio a misé sur l’un des cinéastes les plus concernés à la fois par les défis technologiques et par l’aventure humaine dans ce qu’elle a de plus noble. Richard Fleischer, grand maître du Cinémascope et réalisateur brillant des formidables 20 000 lieues sous les mers et Vikings, se révèle l’homme de la situation. Les plans et la scénographie qu’il compose, avec l’aide d’une direction artistique ambitieuse, sont d’une beauté fulgurante et parviennent à sublimer ces « paysages anatomiques » alors méconnus des spectateurs. Et sans jamais se départir de cet esprit de découverte propre aux grands explorateurs, Fleischer prend son temps et donne au récit – sur un plan visuel – un rythme lent et presque solennel en phase avec le jeu empreint de gravité des comédiens. A côté d’acteurs sûrs et confirmés comme Stephen Boyd, Donald Pleasence ou Edmond O’Brien, la Fox essaie de capitaliser sur Raquel Welch, brune brûlante et plantureuse, enserrée dans sa combinaison moulante, qui pose devant la caméra de Fleischer la première pierre d’une carrière de sex-symbol. Si son talent de comédienne reste encore à prouver, Welch possède en revanche de nombreux atouts pour flatter le regard. Avant d’affronter des dinosaures dans le kitschissime Un million d’années avant J.C., la voici qui se bat contre des anticorps et des microorganismes tous plus mortels les uns que les autres.

Un autre élément pourrait également expliquer l’investissement du cinéaste dans ce projet. Fleischer, fasciné par l’observation clinique du mal et ses manifestations les plus sombres et souterraines (cf. Le Génie du mal, L’Etrangleur de Boston ou L’Etrangleur de la Place Rillington), a ici la possibilité de s’aventurer dans l’intimité la plus profonde du corps humain et de conférer à ses réactions naturelles la sensation d’un danger permanent.

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L’Étrangleur de Boston

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Serial Killer  vostf / 1966 / 1h56 / 35mm

Inspiré d’un fait-divers réel survenu au début des années 1960, L’Étrangleur de Boston évoque aussi bien quelques-uns des crimes (atroces) commis par Albert DeSalvo (Tony Curtis) que la minutieuse enquête menée par le juriste John S. Bottomly (Henry Fonda) et la police de Boston pour mettre hors d’état de nuire ce terrifiant violeur et assassin.

L’Étrangleur de Boston… ou bien encore Les Mille Yeux de Richard Fleischer. Tel pourrait être le sous-titre d’un film à la réalisation obsessionnellement vouée à la (dé)multiplication des images. Il s’agit là d’une extraordinaire entreprise formelle dont le split-screen constitue la signature visuelle. Les polyptiques cinématographiques composés par Richard Fleischer s’affirment aussi bien comme de redoutables accélérateurs narratifs que comme de puissants révélateurs de la noire vision de la condition humaine affirmée par L’Étrangleur de Boston. Car avant de se ranger, in fine, parmi les constats cinématographiques les plus saisissants de la banalité du mal, ce film s’impose d’abord à son spectateur en tant que thriller à la redoutable force d’impact. Et le split-screen constitue le rouage essentiel de cette implacable machine filmique à distiller l’effroi.

En envisageant le cas DeSalvo sous la forme d’une inépuisable quête panoptique, fouillant sans relâche les recoins les plus obscurs de la psyché de ses personnages, Richard Fleischer transforme donc l’attendue chronique d’un fait-divers en une vertigineuse réflexion sur la nature humaine. Et L’Étrangleur de Boston se classe de la sorte parmi ces rares et indispensables films criminels contraignant son spectateur à plonger son regard au plus profond du plus sombre des abîmes…

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Soleil Vert

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Dystopie  vostf / 1973 / 1h37 / 35mm

En 2022, la pollution a complètement ravagé la planète, annihilant de ce fait toutes ressources naturelles et animales. Pour pallier la famine généralisée d’une population qui a explosé, le gouvernement américain distribue un produit alimentaire synthétique. À New York, l’enquête de l’agent Robert Thorn (Charlton Heston) sur la mort d’un dirigeant de la firme productrice de cet aliment va mettre à jour le terrible secret autour de sa fabrication.

Classique de la science fiction des années 70, Soleil Vert fait partie de ce courant de films d’anticipation alarmistes que l’époque produisait alors avec talent et régularité : Fahreneheit 451 de François Truffaut, New-Yorik ne Répond Plus de Robert Clouse, Silent Running de Douglas Trumbull ou encore Rollerball de Norman Jewison. Revoir à notre époque Soleil Vert propose un double constat : si la description du (rétro) futur n’est plus très pertinente dans le détail (les vêtements et le mobilier très 70′, le jeu vidéo préhistorique aperçu au détour d’un plan), le message du film est malheureusement toujours d’actualité.

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Otto Preminger

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Laura

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Chef d’œuvre  vostf / 1944 / 1h37 / num.

Mais qui a bien pu tuer Laura Hunt (Gene Tierney), femme brillante à la beauté resplendissante? C’est ce que cherche à découvrir le lieutenant McPherson (Dana Andrews) qui mène son enquête suivi des deux principaux suspects : le journaliste Waldo Lydecker (Clifton Webb) qui a lancé la carrière de Laura dans la publicité, et l’héritier désargenté Shelby Carpenter (Vincent Price), fiancé à la jeune femme. Sous le charme du portrait de la défunte, Mark McPherson ne tarde pas à compléter ce triangle amoureux…

Laura est une pièce maîtresse dans l’œuvre d’Otto Preminger, non seulement parce que le film lance pour de bon sa carrière à Hollywood, mais aussi parce que le cinéaste réutilisera à plusieurs reprises le leitmotiv du crime passionnel, au point que Fallen Angel sorti en 1945 soit traduit en français par… Crime Passionnel. Par son dispositif narratif innovant et la représentation de la femme qu’elle véhicule, Laura est une pierre angulaire du film noir. La manipulation des points de vue, l’onirisme et les nombreux coups de théâtre s’accompagnent d’une mise en scène dont toute l’intelligence se manifeste dès le plan-séquence introductif. Mais l’influence de Laura dépasse le simple cadre du film noir. On en retrouve de nombreux motifs dans la filmographie de Joseph L. Mankiewicz par exemple : l’utilisation du portrait dans L’Aventure de Mme Muir, la manière de dépeindre la femme dans Eve et La Comtesse aux pieds nus, sans compter le personnage de Waldo Lydecker qui préfigure celui d’Andrew Wyke dans Le Limier. À plus d’un titre, Laura est une œuvre séminale dans le cinéma américain, car Otto Preminger a su dépasser les modèles dont il s’est inspiré pour réaliser un film d’une puissante modernité.

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Ambre

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Biopic historique  vostf / 1950 / 1h35 / 35mm

Angleterre, 1644. Le pays traverse un désordre politique considérable, le parlement et Cromwell s’insurgent contre Charles 1er. Un bébé, dont le linge dans lequel il est enrobé porte le nom de Ambre, est déposé chez un couple de paysans du Comté d’Essex. En 1660, Cromwell est mort et la royauté est rétablie en la personne de Charles II. Ambre a grandi et ses parents adoptifs la destinent à un mariage auquel elle ne veut pas se résigner. Elle souhaite une autre vie, plus palpitante, à la ville, lieu de tous les raffinements. Une nuit, un détachement des soldats du Roi, avec à leur tête le baron Bruce Carlton, vient demander aux parents d’Ambre la direction de l’auberge la plus proche. L’occasion est inespérée pour elle qui tente par tous les moyens de les persuader de l’emmener avec eux.

Les héroïnes de Preminger ont souvent quelque chose d’antipathique, une forme d’égoïsme forcené qui les mène à modeler sans vergogne le monde selon leurs désirs. Mais derrière le caractère capricieux se dévoile peu à peu une énergie de la survie, piquée au vif par une loi cruelle des rapports humains : si les héroïnes premingeriennes trahissent ceux qui les aiment, à leur tour elles sont toujours trahies par ceux qu’elles aiment. Le récit d’une ambition devient alors celui d’une solitude. Dans le film, un homme dit d’Ambre : “Elle aime ses ambitions, c’est tout” ; un autre lui répond : “Rien ne vous émeut donc chez elle ?” Preminger aime-t-il ses héroïnes ? Trop souverain pour que l’affection ait son mot à dire, il n’a pas de compassion pour ses réprouvées mais il les regarde avec une lucidité qui devient bouleversante – à la fin, quand l’héroïne reste seule après une dernière trahison, l’étendue de sa solitude nous prend à la gorge.

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Mark Dixon Détective

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Polar Noir  vostf / 1950 / 1h35 / 35mm

Mark Dixon est détective à New York. Réputé pour sa violence envers les criminels, il mène une enquête sur le meurtre d’un riche Texan poignardé après avoir gagné 19 000 dollars dans une salle de jeux. Au cours de son investigation, Dixon interroge le suspect principal, Ken Payne. Le truand l’agresse et, pendant la bagarre, reçoit un coup de poing meurtrier… Désemparé devant cette situation, Dixon décide de faire disparaître le corps. Un chauffeur de taxi est alors soupçonné, mais Dixon tombe fou amoureux de sa fille, la superbe Morgan Taylor…

En 1950, après trois réalisations pour le compte de la 20th Century Fox (Laura, Whirlpool et Fallen Angel), Otto Preminger réalise son dernier film noir pour le studio avec Mark Dixon, Detective (Where the sidewalk ends). Le scénario, adapté d’un roman de William Stuart (Night Cry), est signé par un mystérieux Rex Connor. Derrière ce pseudo se cache Ben Hecht, l’un des plus talentueux et plus prolifiques scénaristes de la cité des anges. Preminger, également producteur du métrage, s’entoure des meilleurs techniciens, parmi lesquels le célèbre directeur photo Joseph La Shelle. Enfin, la distribution n’est pas en reste puisque l’on retrouve au générique le couple vedette de Laura : Dana Andrews et la subliiiiime Gene Tierney.

Mark Dixon est-il un « film noir » comme semble le penser François Guérif ou plus simplement un polar tel que Carlotta le désigne sur le boitier du DVD ? Au fond peu importe, car il s’agit ici d’un chef d’œuvre, tout simplement ! Et s’il devait être cantonné à un genre, ce serait le « Preminger style » : une réalisation où chaque détail compte et où l’élégance se cache derrière la froideur du style. N’hésitez donc pas, ce quatrième film américain de Preminger est une petite perle, ou plutôt un diamant pour reprendre l’expression de Jacques Lourcelles, un diamant noir et à multiples facettes…

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L’Homme au Bras d’Or

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Drame social  vostf / 1955 / 1h59 / 35mm

Frankie Machine (Frank Sinatra) revient de l’hôpital de Lexington où il a passé six mois en cure de désintoxication. Il retrouve son quartier et ses amis, dont Sparrow, heureux de constater qu’il ne se drogue plus. Dès son arrivée, il tente d’échapper à sa dépendance à l’aide de ses proches et en jouant de la batterie. Mais la folie de sa femme, la détermination des dealers et son passé de joueur le rattrapent inexorablement. Au cœur de ce maelström de mensonges et de violence, la jeune Molly (Kim Novak) apporte une note d’espérance dans le quotidien de Frankie. Tiraillé entre sa dépendance aux narcotiques et son amour pour cette fille courageuse, son avenir n’en devient que plus incertain…

Réalisé en 1955, ce film est l’archétype de l’œuvre Preminger. Il met en exergue le courage du réalisateur et impose un style bâti autour d’une virtuosité visuelle et d’une direction d’acteurs parfaite. Il sait qu’il tient là une histoire hautement originale puisque, jusqu’à ce jour, aucun artiste ne s’est risqué sur la thématique difficile de la dépendance aux narcotiques. Totalement investi par ce nouveau projet, Preminger s’entoure des scénaristes Walter Newman et Lewis Meltzer afin d’adapter la nouvelle. Il leur impose sa vision réaliste de l’œuvre et, peu importe la censure, il faut rédiger un script permettant au public de prendre conscience du problème de la drogue aux USA. Après quelques semaines, le travail est achevé, Preminger en est satisfait et soumet son texte à la Motion Picture Association (MPA). Cet organisme habilité à donner des visas d’exploitation en salle est régi par le tristement célèbre code Hays. Fils d’un procureur autrichien et diplômé de droit, le cinéaste connaît la loi et s’appuie sur la constitution américaine, notamment la liberté d’expression. Le bras de fer s’engage, la MPA intransigeante et Preminger idéaliste ne cèdent rien. Finalement, le metteur en scène viennois se tourne vers son studio et le convainc de financer ce projet unique. Les pontes de la United Artist acceptent le script et incitent les salles à exploiter le film sans visa. Pour arriver à cette décision historique, ils leurs tiennent le discours rabâché par Preminger : « The man with the golden arm est unique et tabou, le public curieux et fatigué par tant de censure va se précipiter dans les salles pour découvrir ce pamphlet libertaire ».

Ne serait-ce que sur ce point, The man with the golden arm restera un évènement majeur de l’histoire du septième art. Mais, l’amour des cinéphiles pour ce film va beaucoup plus loin et il est nécessaire de revenir à sa genèse afin de mettre en relief la créativité et la virtuosité de son réalisateur.

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Bonjour Tristesse

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Adaptation F. Sagan  vostf / 1958 / 1h34 / 35mm

Cécile, 18 ans, vit à Paris avec son père Raymond, un richissime et séduisant veuf quadragénaire, qui ne lui impose aucune contrainte, même pas celle de ses études. À l’exemple de son père, la vie de Cécile ne semble être que futilités : suites de sorties en boîtes avec flirts successifs. C’est parce que quelque chose s’est brisé en elle durant leurs dernières vacances sur la Côte d’Azur. Depuis lors, Cécile connaît la tristesse et elle se souvient…

C’est un des plus beaux titres au monde, clarté et réserve côte à côte. Il a été choisi par Françoise Sagan, une jeune fille écrivaine au regard en dessous, pour un roman écrit si tôt qu’il en éblouît toute l’époque. Comment imaginer la rencontre entre la petite Française et Otto Preminger, le cinéaste américain au visage de brute et au toucher de velours, colosse faussement prussien et amateur de fresques ambitieuses (Exodus, Carmen Jones, Le Cardinal) ?

La monstruosité juvénile, au cœur de la carrière de Françoise Sagan, marquée par la précocité contre-nature du talent, est un motif premingerien : souvenez-vous six ans auparavant de la frêle Jean Simmons dans Angel Face (Un si doux visage), assise derrière son piano, jouant distraitement et fomentant d’obscurs crimes derrière son grand front de rêveuse. “L’angel face” du film, ici, c’est Jean Seberg. Découverte par Otto Preminger pour son Sainte Jeanne, qui fixa à tout jamais sa coupe monacale toute courte, on la voit faire, dans ses essais, une apparition encore pleine de gaieté : “Hello, je m’appelle Jean Seberg et je veux absolument faire du cinéma.” Si filmer une jeune fille, c’est filmer la perte de sa gaieté, alors Otto Preminger est l’homme de la situation.

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Tempête à Washington

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Étude de Mœurs Politique  vostf / 1962 / 2h19 / 35mm

Le petit monde politique de Washington apprend avec stupeur que le président des Etats-Unis, dont la santé est précaire, entend nommer Robert Leffingwell au poste de secrétaire d’Etat. Le sénateur Bob Munson rappelle immédiatement au Président que Leffingwell compte beaucoup d’ennemis au Congrès et n’en manque pas au sein de son propre parti. Le Président maintient fermement sa position. Deux sénateurs s’y opposent tout particulièrement : l’extrémiste Van Ackerman et le retors Seabright Cooley. Lors de l’enquête préliminaire, un certain Herbert Gelman révèle que Leffingwell a été communiste dans sa jeunesse…
En savoir plus sur http://www.telerama.fr/cinema/films/tempete-a-washington,23813.php#ys9uJ98AvBTJX2SU.99

Le président des États-Unis vient de choisir son nouveau secrétaire d’État aux Affaires étrangères: Robert Leffingwell. Avant d’être entériné par le Sénat, ce choix doit être examiné en commission d’enquête. Les ennemis de Leffingwell en profitent pour le discréditer. Un témoin inconnu vient révéler que le futur secrétaire d’État a autrefois appartenu à une cellule communiste.

Chose peu commune au cinéma hollywoodien, Advise and Consent (nom original du film) surprend au premier abord par sa densité scénaristique. Malgré la présence de vedettes comme Charles Laughton et Henry Fonda, la percée individuelle se dilue à travers la vision globale du cinéaste, propre à la description mécanique de ce système, qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler The Social Network de David Fincher. Rien n’est ni blanc, ni noir dans le monde cloisonné de Preminger. C’est plutôt une masse grisonnante de perfection sur laquelle Preminger ne cesse d’actualiser jusqu’au moment où il trouve l’image hors connexion. Et cela vaut autant pour le candidat au poste de Secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères capable de s’asseoir sur des convictions idéalistes, dans l’optique d’accéder au pouvoir avec l’image la plus nette qui soit, que pour le sénateur Brigham prêt à mettre fin à ses jours pour éviter qu’on découvre son homosexualité refoulée. Si bien qu’il est difficile de cacher son angoisse devant ces hommes politiques repoussant l’imperfection comme s’ils avaient affaire à leur pire ennemi. Et ceci, quelques années après avoir combattu en Europe la perfection, soit le fascisme.

Là où la majeure partie du cinéma hollywoodien fait appel à des artifices pour nous effrayer, Preminger tout comme Fritz Lang sur Les Bourreaux meurent aussi, analyse froidement et cliniquement la société telle qu’elle est, c’est à dire créatrice de victimes : Brigham et le candidat subissent le puritanisme ambiant. À cet égard, la distance imposée entre le réalisateur et son sujet laisse penser à croire que Preminger côtoie un fascisme opaque, qu’il ne condamne pas, par peur de se condamner lui-même. Sa place est celle d’un observateur attentif, et toujours à l’affut du moindre écart.

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Horaires

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Tarifs :

Séance 5 €

Pass 10 films 35 €

Le petit monde politique de Washington apprend avec stupeur que le président des Etats-Unis, dont la santé est précaire, entend nommer Robert Leffingwell au poste de secrétaire d’Etat. Le sénateur Bob Munson rappelle immédiatement au Président que Leffingwell compte beaucoup d’ennemis au Congrès et n’en manque pas au sein de son propre parti. Le Président maintient fermement sa position. Deux sénateurs s’y opposent tout particulièrement : l’extrémiste Van Ackerman et le retors Seabright Cooley. Lors de l’enquête préliminaire, un certain Herbert Gelman révèle que Leffingwell a été communiste dans sa jeunesse…
En savoir plus sur http://www.telerama.fr/cinema/films/tempete-a-washington,23813.php#ys9uJ98AvBTJX2SU.99
Le petit monde politique de Washington apprend avec stupeur que le président des Etats-Unis, dont la santé est précaire, entend nommer Robert Leffingwell au poste de secrétaire d’Etat. Le sénateur Bob Munson rappelle immédiatement au Président que Leffingwell compte beaucoup d’ennemis au Congrès et n’en manque pas au sein de son propre parti. Le Président maintient fermement sa position. Deux sénateurs s’y opposent tout particulièrement : l’extrémiste Van Ackerman et le retors Seabright Cooley. Lors de l’enquête préliminaire, un certain Herbert Gelman révèle que Leffingwell a été communiste dans sa jeunesse…
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